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Deezer part en guerre contre la fraude musicale et propose sa technologie de détection d'IA à l'ensemble de l'industrie

Deezer part en guerre contre la fraude musicale et propose sa technologie de détection d'IA à l'ensemble de l'industrie


L'industrie du streaming musical traverse actuellement une période charnière, marquée par une inondation sans précédent de contenus générés par l'intelligence artificielle. Face à ce défi technologique et éthique, Deezer avait déjà pris les devants l'année dernière en intégrant un outil capable de repérer automatiquement les morceaux entièrement créés par des algorithmes. Aujourd'hui, la plateforme française franchit une nouvelle étape stratégique en annonçant la commercialisation de cette technologie de pointe auprès d'autres acteurs du marché. Cette décision marque une volonté claire de lutter contre la fraude massive qui pollue les plateformes et de garantir que les artistes humains conservent la visibilité et la rémunération qu'ils méritent.

L'ampleur du problème est vertigineuse et les chiffres révélés par Deezer sont alarmants. La plateforme rapporte que 85% des écoutes de titres entièrement générés par IA sont considérées comme frauduleuses. Le volume de ces contenus a explosé de manière exponentielle en l'espace de quelques mois. Alors qu'en juin 2025, ils représentaient 18% des téléchargements quotidiens (soit environ 20 000 titres), Deezer reçoit désormais 60 000 morceaux de ce type chaque jour. Au total, ce sont plus de 13,4 millions de chansons artificielles qui ont été identifiées par le système. Cette saturation menace directement l'économie du streaming en diluant les revenus destinés aux véritables créateurs.

Pour contrer cette menace, l'outil développé par l'entreprise ne fait pas dans la demi-mesure. Cette dernière affirme que sa solution peut identifier avec une précision de 99,8% les pistes issues des principaux modèles génératifs tels que Suno et Udio. Une fois détectés, ces morceaux subissent un traitement strict. Ils sont exclus des algorithmes de recommandation éditoriale et, plus important encore, ils sont démonétisés. En les retirant du calcul des redevances, Deezer s'assure que l'argent des abonnés rémunère de vrais musiciens et compositeurs et non des fermes à clics ou des créateurs de scripts.

Alexis Lanternier, le PDG de Deezer, a souligné l'intérêt marqué de l'industrie pour cette solution technique. Plusieurs entités ont déjà mené des tests concluants, dont la Sacem. La société de gestion française, qui représente plus de 300 000 créateurs et éditeurs, dont des stars mondiales comme David Guetta et DJ Snake, voit en cet outil un moyen efficace de protéger les droits de ses membres. Bien que les détails tarifaires n'aient pas été rendus publics, Deezer a indiqué que le coût de la technologie varierait en fonction du type de contrat établi avec les partenaires intéressés.

Cette initiative intervient dans un climat de méfiance croissante. Les inquiétudes ne concernent pas seulement l'entraînement des modèles sur des œuvres protégées, mais aussi l'utilisation de l'IA pour manipuler les systèmes de streaming. Un exemple frappant s'est produit en 2024, lorsque le département de la justice américaine a inculpé un musicien de Caroline du Nord. Ce dernier avait généré des chansons par IA et utilisé des bots pour les écouter des milliards de fois, détournant ainsi plus de 10 millions de dollars de redevances. Des groupes entièrement virtuels, comme "The Velvet Sundown", parviennent également à accumuler des millions d'écoutes, brouillant encore davantage la frontière entre création artistique et production automatisée.

Face à cette nouvelle réalité, les réactions des acteurs du marché divergent. Si Bandcamp a opté pour une approche radicale en bannissant purement et simplement la musique générée par IA, Spotify a mis à jour sa politique pour exiger plus de transparence et interdire les clones vocaux non autorisés, sans toutefois fermer totalement la porte à l'IA. De leur côté, les majors comme Universal et Warner semblent vouloir apprivoiser la bête, ayant conclu des accords de licence avec des startups comme Suno et Udio pour rémunérer l'utilisation de leurs catalogues à des fins d'entraînement.

Deezer, fidèle à sa ligne directrice, continue de se positionner en défenseur de la création humaine. En 2024, la plateforme avait été la première à signer une déclaration mondiale sur l'entraînement de l'IA, rejoignant de nombreux créatifs de renom. En partageant aujourd'hui sa technologie de détection, il espère instaurer un standard industriel capable d'assainir le marché et de préserver la valeur de la musique créée par l'homme. 

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