La grande régression - Tesla sacrifie l'expérience utilisateur pour sauver le bonus d'Elon Musk


La grande régression - Tesla sacrifie l'expérience utilisateur pour sauver le bonus d'Elon Musk

C'est une nouvelle qui fait l'effet d'une douche froide pour les amateurs de la marque et qui devrait servir d'avertissement sérieux pour tout acheteur potentiel. Tesla, jadis pionnier de la technologie automobile accessible, vient objectivement de réduire la valeur intrinsèque de ses véhicules phares, la Model 3 et la Model Y. Dans une manœuvre que l'on ne peut qualifier que de mesquine, le constructeur a annoncé hier qu'il plaçait désormais une fonction de sécurité basique derrière un paywall. Le maintien dans la voie, ou Autosteer, n'est plus un standard. C'est une régression flagrante qui marque un tournant inquiétant dans la politique commerciale de l'entreprise.

Concrètement, Tesla a tué l'Autopilot de base tel que nous le connaissions. Jusqu'à présent, ce système incluait le régulateur de vitesse adaptatif (TACC) et l'assistance au maintien de cap. C'était le minimum syndical pour une voiture qui se veut futuriste. Désormais, seul le régulateur de vitesse reste gratuit. Si vous voulez que votre voiture, bourrée de caméras et de capteurs, tourne le volant pour rester au centre de sa voie sur l'autoroute, vous devrez passer à la caisse. Cette fonctionnalité est maintenant englobée dans le pack "Full Self-Driving (Supervised)" (FSD), facturé au prix fort de 99 dollars par mois.

Tesla ose faire payer un abonnement mensuel pour une technologie que des constructeurs comme Toyota, Hyundai ou Honda intègrent de série dans des véhicules coûtant deux fois moins cher. L'image de l'entreprise en tant que leader technologique bienveillant s'effrite pour laisser place à celle d'une entité obsédée par la rentabilisation de chaque ligne de code.

Mais pourquoi un tel changement, et surtout pourquoi maintenant ? Il n'est pas nécessaire d'être un analyste financier de Wall Street pour comprendre la mécanique cynique à l'œuvre. La réponse se trouve du côté de la direction, et plus précisément dans la poche d'Elon Musk. Rappelez-vous le plan de rémunération astronomique validé par les actionnaires en novembre dernier. Pour que le milliardaire puisse toucher son pactole pouvant atteindre 1 000 milliards de dollars, il doit remplir certaines conditions. L'une d'elles est impérative, atteindre les 10 millions d'abonnements actifs au FSD.

Nous y voilà. Le consommateur n'est plus un client à satisfaire, mais un simple levier comptable pour aider le PDG à débloquer son bonus. En retirant une fonction essentielle de l'offre standard pour la forcer dans l'abonnement payant, Tesla cherche à gonfler artificiellement ses chiffres d'abonnement. C'est une stratégie de vente forcée déguisée. Pour ne rien arranger, cette décision trouve sa place dans une transition vers le "tout abonnement". Après le 14 février, il ne sera même plus possible d'acheter le FSD en une fois pour 8 000 dollars. L'option d'achat à vie disparaît au profit de la location éternelle. Si vous voulez ce simple maintien dans la voie, votre coût annuel sera désormais de 1 188 dollars, ad vitam aeternam. C'est la fin de la propriété automobile telle que nous la connaissons. Vous n'êtes plus propriétaire de votre véhicule, vous en êtes l'utilisateur payant.

Le coup de grâce ? L'incertitude totale sur les prix futurs en Europe. Elon Musk, fidèle à son habitude de communication erratique sur X, a déjà prévenu que ce tarif de 99 dollars par mois n'était pas gravé dans le marbre. Il augmentera à mesure que les capacités du logiciel s'amélioreront. En d'autres termes, les clients sont invités à monter dans un train dont le prix du billet augmentera pendant le voyage, sans possibilité d'en descendre s'ils veulent conserver les fonctionnalités pour lesquelles ils ont signé.

Cette méthode est risquée et profondément irrespectueuse envers la clientèle. En dévaluant ses produits pour servir des intérêts financiers personnels, Tesla ouvre la porte à une concurrence qui, elle, a compris que la sécurité et l'assistance à la conduite ne devraient pas être des options de luxe soumises à une rente mensuelle