Si vous pensiez que le démantèlement de l'État fédéral américain par l'administration Trump ne pouvait pas devenir plus dystopique, détrompez-vous. Dans une démarche qui relève autant de l'inconscience que du mépris pour la sécurité publique locale, le ministère des transports (DOT) prévoit désormais d'utiliser l'intelligence artificielle pour rédiger ses réglementations. Vous avez bien lu, les règles qui empêchent les avions de tomber du ciel, les gazoducs d'exploser et les trains de produits chimiques de dérailler seront bientôt écrites par des chatbots.
Selon des documents internes et des témoignages alarmés du personnel, l'objectif n'est pas d'améliorer la sécurité, mais de faire du chiffre. La devise de cette nouvelle initiative ? La quantité avant la qualité. Gregory Zerzan, l'avocat général de l'agence, a vendu la mèche lors d'une réunion récente en déclarant sans vergogne que le président Trump était très excité par cette initiative. Le mot d'ordre est terrifiant de cynisme: "Nous n'avons pas besoin de la règle parfaite... Nous n'avons même pas besoin d'une très bonne règle. Nous voulons du suffisant."
Il ne s'agit plus de gouverner, mais de spammer le registre fédéral avec des textes générés à la chaîne par une version gouvernementale de Google Gemini. Là où la rédaction d'une norme de sécurité complexe prenait des mois de travail minutieux par des experts humains, l'administration Trump veut désormais compresser ce délai à 30 jours, affirmant qu'il ne faudrait pas plus de 20 minutes pour sortir un projet de règle de Gemini.
Le mépris pour l'expertise humaine a atteint son paroxysme lors d'une démonstration en décembre, décrite par les employés présents comme une farce dangereuse. Le présentateur, manifestement plus intéressé par la révolution technologique que par la vie des citoyens américains, a qualifié les préambules juridiques de salade de mots. Et quelle meilleure outil pour générer cette salade qu'une IA notoirement connue pour ses hallucinations ? Lors de cette démo, l'outil a produit un texte qui ressemblait à une réglementation, mais qui était vide de substance juridique réelle. La réaction de la direction ? Peu importe les erreurs ou les hallucinations, les humains n'auront qu'à faire la relecture.
Cette stratégie s'inscrit parfaitement dans la vision du DOGE d'Elon Musk, remplacer les fonctionnaires compétents par des algorithmes bon marché. Alors que le DOT a déjà perdu près de 4 000 employés, dont plus de 100 avocats, depuis le retour de Trump, l'idée est de combler le vide laissé par cette purge idéologique avec de l'intelligence artificielle. Mike Horton, l'ancien responsable de l'IA au DOT, a résumé la situation avec une lucidité glaçante: c'est comme confier la rédaction de vos lois à un stagiaire de lycée.
Le problème, c'est que la mentalité de la Silicon Valley (aller vite et casser des choses) ne s'applique pas à la sécurité nationale des transports. Quand une startup se plante, elle perd de l'argent. Quand le ministère des transports fait de même parce qu'il a laissé un chatbot rédiger les normes de sécurité aérienne pour gagner du temps, des gens meurent.
Justin Ubert, un officiel de l'administration, a même suggéré que les humains étaient un goulot d'étranglement et qu'ils devraient à terme se contenter de surveiller les interactions d'IA à IA. C’est le rêve humide de Trump, un gouvernement vidé de sa substance, où la responsabilité est diluée dans le code informatique, et où la sécurité des citoyens est sacrifiée sur l'autel d'une efficacité fantasmée. Ce n'est pas de la modernisation, c'est de la négligence criminelle programmée.
