L’école selon Google - La Silicon Valley transforme les enfants américains en consommateurs captifs


 

L’école selon Google - La Silicon Valley transforme les enfants américains en consommateurs captifs

L’illusion de la philanthropie technologique vient de se briser avec fracas, révélant le véritable visage de Google dans le secteur éducatif. Pendant des années, la firme de Mountain View s'est présentée comme le chevalier blanc de l'éducation moderne, fournissant outils et ordinateurs à des écoles en manque de ressources. Pourtant, des documents internes récemment divulgués dans le cadre d'un procès pour la sécurité des enfants dévoilent une réalité bien plus sombre et cynique. Il ne s'agit pas d'aider les élèves à apprendre, mais de mettre en place une stratégie industrielle calculée pour les enrôler dans leur écosystème dès le plus jeune âge.

Ces révélations, issues d'une présentation interne datant de novembre 2020 et rapportées par NBC News, sont accablantes. Google y écrit noir sur blanc que l'intégration des enfants dans son écosystème engendre une confiance et une fidélité à la marque qui dureront toute leur vie. Ce n'est plus de la pédagogie, c'est de l'élevage de consommateurs. Ces documents, bien que lourdement caviardés, font surface alors que le géant du web, aux côtés de Meta, ByteDance et Snap, fait face à une action en justice massive intentée par des districts scolaires et des procureurs généraux américains. L'accusation est grave, ces entreprises auraient sciemment créé des produits addictifs et dangereux, sacrifiant la santé mentale de la jeunesse sur l'autel du profit.

Le cynisme de la démarche est particulièrement frappant lorsque l'on observe la stratégie matérielle de l'entreprise. En inondant les salles de classe avec ses Chromebooks, Google n'a pas seulement fourni des ordinateurs bon marché, il a aussi installé un cheval de Troie dans chaque cartable. Le document de 2020 cite d'ailleurs une étude analysant comment les marques d'ordinateurs portables utilisées à l'école influencent directement les habitudes d'achat futures. C'est un pari sur l'avenir, où l'élève d'aujourd'hui est perçu uniquement comme le client captif de demain.

Pire encore, la présentation interne met en exergue un article du New York Times de 2017, n'hésitant pas à graisser une citation qui décrit Google comme un belligérant dans une guerre pour accrocher les étudiants en tant que futurs clients. Loin de s'en offusquer, Google semble s'approprier cette critique comme une validation de sa stratégie. Le raisonnement est froid et implacable. Si vous capturez l'utilisateur sur votre système d'exploitation assez tôt, vous gagnez sa loyauté potentiellement pour la vie. YouTube est également mentionné comme un outil clé dans ce dispositif, qualifié de véritable pipeline pour créer de futurs utilisateurs et créateurs de contenu, transformant ainsi l'espace scolaire en une rampe de lancement pour sa plateforme vidéo.

Pourtant, l'entreprise ne peut plaider l'ignorance concernant les risques. D'autres diapositives de ces documents internes montrent que Google est parfaitement conscient des dangers. Ils y discutent des défis liés à l'introduction de YouTube dans les écoles, admettant que la plateforme est souvent bloquée et que les efforts pour la rendre sûre pour un environnement scolaire ont échoué jusqu'à présent. Une présentation de 2024 reconnaît même l'impact délétère sur la santé mentale, notant que de nombreux utilisateurs regrettent le temps perdu à tomber dans le terrier du lapin algorithmique, distraits de leur travail ou de leur sommeil. Ils savent que leur produit est toxique, mais ils cherchent tout de même à l'injecter dans le quotidien des élèves.

Face à ces preuves accablantes, la défense de Google apparaît comme une tentative de gazlighting institutionnel. Jack Malon, porte-parole de l'entreprise, affirme que les documents caractérisent mal leur travail, se retranchant derrière l'argument classique de la forte demande des éducateurs et du contrôle administratif. C'est une rhétorique bien rodée qui tente de déplacer la responsabilité sur les écoles et les parents, ignorant délibérément la puissance de frappe de leurs propres algorithmes conçus pour l'addiction. Alors que la sélection du jury pour ce procès débutera ce mois-ci, il est grand temps pour les américains de se demander s'ils n'ont pas vendu le cerveau de leurs enfants pour quelques ordinateurs portables à bas prix.