Une ombre plane sur l'économie britannique et elle prend la forme d'un algorithme. Selon de nouvelles recherches alarmantes, le Royaume-Uni détruit actuellement plus d'emplois qu'il n'en crée en raison de l'adoption rapide de l'intelligence artificielle, subissant un impact bien plus sévère que les autres grandes économies mondiales. Alors que la promesse de cette technologie a toujours été celle d'une révolution de la productivité, la réalité sur le terrain d'outre-Manche révèle une tendance inquiétante où l'efficacité technologique se traduit directement par une contraction de la main-d'œuvre.
Une étude approfondie menée par la banque d'investissement Morgan Stanley met en lumière cette disparité. Au cours des douze derniers mois, les entreprises britanniques ont rapporté une perte nette d'emplois de 8% due à l'intégration de l'IA. Ce taux est le plus élevé parmi les grandes puissances économiques, surpassant les chiffres observés aux États-Unis, au Japon, en Allemagne et en Australie. L'enquête, qui a sondé des entreprises utilisant l'IA depuis au moins un an dans des secteurs clés comme la consommation, l'immobilier, les transports et la santé, dresse le portrait d'une économie en mutation rapide et douloureuse.
Le paradoxe est frappant. Les entreprises locales ont effectivement constaté une augmentation moyenne de 11,5% de leur productivité grâce à ces nouvelles technologies. Là où les entreprises américaines ont profité de gains similaires pour créer davantage de postes qu'elles n'en supprimaient, le Royaume-Uni suit cependant la trajectoire inverse. Cette tendance s'explique en partie par un contexte économique difficile. Le chômage est à son plus haut niveau depuis quatre ans, et les coûts d'embauche, exacerbés par la hausse du salaire minimum et des cotisations sociales, incitent les employeurs à privilégier l'automatisation plutôt que le recrutement humain.
Cette transformation agressive engendre une anxiété palpable au sein de la population active. Une enquête de la société internationale de recrutement Randstad révèle que plus d'un quart des travailleurs britanniques craignent que leur emploi ne disparaisse complètement au cours des cinq prochaines années. Cette inquiétude creuse un fossé générationnel profond. La génération Z, née entre 1997 et 2012, exprime les plus vives inquiétudes quant à sa capacité d'adaptation, tandis que les baby-boomers, proches de la retraite, affichent une assurance bien plus grande.
Les craintes des jeunes travailleurs semblent justifiées par les stratégies des entreprises. L'étude de Morgan Stanley indique que les coupes concernent principalement les postes de début de carrière, nécessitant deux à cinq ans d'expérience. Au lieu de former de nouvelles recrues, de nombreux dirigeants choisissent d'investir dans l'IA pour combler les lacunes en matière de compétences, bloquant ainsi l'accès au marché du travail pour toute une génération. Sander van ‘t Noordende, PDG de Randstad, souligne le danger de cette dynamique, appelant à combler le fossé de réalité de l'IA et insistant sur le fait que la technologie doit augmenter les tâches humaines plutôt que de rivaliser avec elles.
La situation est particulièrement critique à Londres. Sadiq Khan, le maire de la capitale, a récemment averti que l'IA pourrait détruire des pans entiers d'emplois et inaugurer une nouvelle période de chômage de masse. Dans son discours annuel à Mansion House, il a rappelé que sa ville est à la pointe du changement en raison de sa dépendance aux cols blancs dans la finance, les services juridiques et les industries créatives. Il soutient qu'il existe un devoir moral et économique d'assurer que de nouveaux emplois remplacent ceux qui disparaissent, alors que les rôles juniors sont les premiers à tomber.
L'urgence de la situation dépasse les frontières britanniques, comme l'a souligné Jamie Dimon, le patron de JP Morgan, lors du forum économique mondial de Davos. Il a prévenu que sans une intervention des gouvernements et des entreprises pour aider les travailleurs déplacés, le risque de troubles civils deviendrait réel. Avec une augmentation fulgurante de 1 587% des offres d'emploi demandant des compétences en IA au cours de l'année écoulée, l'adaptation n'est plus une option, mais une nécessité absolue pour la survie professionnelle.
