Le chiffrement de bout en bout, c’est la promesse dorée, le bouclier scintillant derrière lequel l’empire de Mark Zuckerberg se cache depuis des années pour justifier sa domination mondiale sur nos échanges. On nous répète ad nauseam que WhatsApp est une forteresse imprenable, un sanctuaire où ni gouvernements, ni pirates, et surtout pas Meta lui-même, ne peuvent jeter un œil à nos confidences. Pourtant, si l’on en croit les récentes révélations, cette sacro-sainte confidentialité ne serait qu’une vaste fumisterie.
Des rapports récents indiquent que les autorités américaines ont ouvert une enquête sur des accusations selon lesquelles Meta, la maison-mère insatiable de Facebook et Instagram, aurait bel et bien la capacité de lire les messages chiffrés de WhatsApp. L’affaire découle d’une plainte déposée par le cabinet d’avocats Quinn Emanuel Urquhart & Sullivan, qui affirme sans détour que le géant technologique peut accéder à la quasi-totalité des communications prétendument privées de ses milliards d’utilisateurs. Cette affirmation ne sort pas de nulle part. Elle s'appuie sur les témoignages de lanceurs d'alerte qualifiés de courageux, issus d'Australie, du Brésil, d'Inde, du Mexique et d'Afrique du Sud.
Évidemment, la réponse de la firme de Menlo Park ne s’est pas fait attendre. Avec l’arrogance habituelle qui caractérise sa communication de crise, elle a qualifié ces accusations de catégoriquement fausses et absurdes. Leur ligne de défense est aussi prévisible que cynique, ils tentent de décrédibiliser la plainte en soulignant que le cabinet Quinn Emanuel représente par ailleurs le NSO Group. Vous savez, cette charmante entreprise israélienne créatrice du logiciel espion Pegasus, utilisé pour traquer journalistes et activistes, et que WhatsApp a récemment fait condamner à payer 167 millions de dollars. Pour Meta, tout ceci ne serait qu'une basse manœuvre de vengeance orchestrée pour détourner l'attention et soutenir une entreprise de mercenaires numériques.
Réduire cette affaire à une simple vendetta entre deux entités malveillantes serait pourtant une erreur. Les démentis de WhatsApp sont formulés avec une précision chirurgicale, une langue de bois juridique soigneusement calibrée pour ne jamais nier l’allégation centrale. Ils jouent sur les mots pour contourner la vérité simple: Meta a-t-il, oui ou non, la capacité technique de briser ce chiffrement ?
Il est vrai que des experts en sécurité restent sceptiques. Selon eux, un tel secret serait impossible à garder au sein d’une entreprise aussi poreuse que Meta. Une telle bombe atomique contre la vie privée aurait déjà dû fuiter de l’intérieur. De plus, un porte-parole du département du commerce américain a qualifié ces assertions d’infondées. Mais peut-on vraiment leur faire confiance aveuglément ?
Même si l’on admettait que Meta ne lit pas le contenu exact de vos messages, le problème reste entier. La confidentialité vantée par WhatsApp laisse grandement à désirer. Pourquoi ? Parce que si le contenu est peut-être verrouillé, Meta se gave littéralement de vos métadonnées. Ils savent qui vous appelez, quand, à quelle fréquence, et géolocalisent vos interactions. Ils construisent votre profil psychologique sans même avoir besoin de lire vos mots doux.
Au final, que Meta puisse lire le texte ou se contente d’aspirer l'âme numérique de ses utilisateurs via les métadonnées, le résultat est le même, nous sommes le produit. Cette nouvelle plainte, qu'elle soit une tactique juridique ou une révélation fracassante, a le mérite de nous rappeler une vérité dérangeante. Croire en la bienveillance de Zuckerberg concernant la protection de notre vie privée relève de la naïveté pure. Dans le grand théâtre de la Silicon Valley, le chiffrement n'est peut-être qu'un rideau de fumée pour masquer une voracité de données sans limite.

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