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Album de la semaine - Andrei Nikolsky signe la bande-son idéale de vos voyages avec Music For Terminals

Album de la semaine - Andrei Nikolsky signe la bande-son idéale de vos voyages avec Music For Terminals

Avez-vous déjà flâné dans un hall d'aéroport ou attendu sur le quai d'une gare en ayant l'impression d'être le protagoniste d'un film d'espionnage des années 70 ? Si ce n'est pas le cas, il vous manquait probablement l'accessoire essentiel qu'est la bonne bande-son. C'est exactement ce que propose Andrei Nikolsky, fondateur du label Palace Records, avec son deuxième album au titre évocateur, Music For Terminals. Loin d'être une simple musique d'ascenseur, cet opus se pose comme la trame sonore internationale parfaite pour ceux qui vivent entre deux destinations, transformant chaque transit en une scène de cinéma élégante et mystérieuse.

L'album puise profondément dans l'esthétique de la "library music" (musique d'illustration) et des bandes originales classiques, ces pépites souvent oubliées qui servaient de fond sonore aux productions télévisuelles et cinématographiques d'antan. Nikolsky ne se contente pas de copier ce style, il le réinvente avec une touche de fraîcheur contemporaine. L'influence est assumée et célébrée, notamment à travers la présence de John Cameron, une véritable légende du genre. Connu pour ses travaux chez KPM et Bruton, ainsi que pour la bande originale du film Kes, il n'est pas seulement une inspiration ici, mais un participant actif, apportant sa touche magistrale sur le titre Swing Time. C'est un passage de flambeau qui ancre l'album dans une lignée prestigieuse tout en regardant vers l'avenir.

Ce qui frappe dès la première écoute de Music For Terminals, c'est l'éclectisme joyeux qui règne sur la galette. Nikolsky refuse de se laisser enfermer dans une seule case, préférant offrir un assortiment de textures sonores qui ravira toute la famille, ou du moins, tous les amateurs de groove sophistiqué. On navigue avec fluidité entre des électroniques un peu outré et expérimentales sur des pistes comme Siren Call ou Squeaks And Bleeps, qui rappellent les premiers balbutiements des synthétiseurs modulaires et des moments de jazz modal d'une classe absolue avec Swiftly et Waltz For Someone.

Mais l'album ne se prend pas trop au sérieux pour autant. Il y a une dimension ludique indéniable, particulièrement lorsque le rythme s'accélère vers ce que l'on pourrait qualifier de "wonky disco" ou disco bancal. Des titres comme Line Stepper et The Shuffle invitent à un mouvement de tête irrésistible, évoquant des pistes de danse oubliées où la rigueur rythmique laisse place à une fantaisie débridée. C'est cette facilité à mélanger des esquisses sonores expérimentales avec des pistes de danse rythmées qui donne à l'album toute sa saveur.

La réussite de ce projet repose également sur l'équilibre savant entre la structure formelle de la composition et la spontanéité de l'improvisation. Pour cela, l'artiste s'est entouré d'une équipe de musiciens de haut vol. On retrouve des membres du groupe phare de Palace Records, The Kanpai Quartet, notamment Charlie Searle, Euan McGinty et Dan Kabakov. La section rythmique est assurée par une rotation de batteurs talentueux tels que Filippo Galli, Mike Bandoni (alias Funkshone) et Felix Weldon. Ce dernier, ayant collaboré avec des pointures comme Johnny Dankworth et The La’s, apporte une assise rythmique organique qui empêche au disque de sonner trop "machine".

Music For Terminals est une invitation au voyage, même si ce voyage se fait depuis votre canapé. C'est un album qui capture l'excitation du départ et la mélancolie des zones de transit, le tout enveloppé dans une production cool et intemporelle. Andrei Nikolsky réussit son pari en livrant une œuvre exploratoire, ludique et profondément cinématique.

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