Si vous cherchez les patrons incontestés du rock scandinave, ne cherchez pas plus loin. Les Hellacopters occupent le trône depuis des dizaines d'années. Depuis leur formation en 1994 jusqu'à leur retour triomphal en 2016, ces Suédois ont défini ce que signifie avoir l'attitude, le son et l'âme du rock 'n' roll. Après avoir remis les pendules à l'heure avec leurs récents albums studio, Eyes of Oblivion et Overdrive, Nicke Andersson et sa bande reviennent, mais cette fois-ci, ils nous ouvrent les portes de leur coffre-fort personnel. Préparez vos amplis, car 22 ans après le deuxième volume, le groupe nous balance enfin Cream of the Crap! Vol. 3. Et laissez-moi vous dire tout de suite, le titre est un mensonge éhonté. Il n'y a rien de "crap" (de la merde) là-dedans. C'est de l'or pur.
L'idée d'une compilation de faces B et de raretés fait souvent peur. On s'attend à des fonds de tiroir poussiéreux ou à des démos mal ficelées. Mais avec les Hellacopters, c'est tout l'inverse. Parfois, une bonne compilation capture mieux l'esprit d'un groupe qu'un album studio trop poli. Ici, le groupe rassemble 23 titres qui, jusqu'à présent, vivaient dans l'ombre des grands albums. Ce sont des morceaux sortis sur des EP obscurs, des faces B oubliées, ou des titres hors album, le tout entièrement remastérisé pour coller aux standards sonores actuels. Le résultat ? Une collection qui suinte l'énergie et la spontanéité.
Dès l'ouverture avec Long Gone Loser, on comprend la note d'intention. C'est explosif, c'est bruyant et ça vous attrape par le col. On retrouve immédiatement cette signature sonore ancrée dans les années 60 et 70, cette époque bénie où des groupes comme Kiss étaient au sommet de leur gloire. Cette influence "classic rock" transpire littéralement sur des pistes comme Disappointment Blues ou le vibrant Freeway to Hell. La culture musicale hallucinante du groupe est également exposée à travers une série de reprises qui sont de véritables friandises pour les fans. Les Hellacopters ne se contentent pas de jouer du rock, ils le vivent et rendent hommage à leurs héros avec une fureur contagieuse.
D'un côté, vous avez l'influence indéniable de Detroit Rock City. Le groupe s'attaque à American Ruse du MC5 et livre une version brillante de I’m Eighteen d'Alice Cooper. On sent que ces morceaux coulent dans leurs veines. Mais les Suédois sont aussi des punks dans l'âme. Il suffit d'écouter leurs versions enragées de Stab Your Back (The Damned) ou de What’d Ya Do (Ramones) pour avoir envie de pogoter dans son salon. Ils n'oublient pas non plus leurs racines locales en ressuscitant Pack of Lies des Nomads, légendes du garage rock suédois. Le plus surprenant reste leur capacité à faire le grand écart stylistique. Ils sont capables d'injecter leur son distordu dans la soul avec Little Miss Sweetness (The Temptations) et deux titres de Smokey Robinson, prouvant que le groove est universel. Et puis, il y a le choc sismique. Quand ils reprennent Speedfreak de Motörhead, c'est la guerre. Le morceau s'ouvre sur ce son de basse iconique et délivre une énergie indomptable. C'est une interprétation massive, brute de décoffrage, qui ferait paniquer n'importe quel sismographe. Ils finissent avec une touche de rock sudiste via Workin’ for MCA de Lynyrd Skynyrd, interprétée avec une puissance de feu.
Ce troisième chapitre de la série Cream of the Crap! est une réussite totale. Nicke Andersson et ses comparses sont en mode roue libre, balançant un mélange fuzzé de reprises et d'originaux avec le pied collé sur la pédale de distorsion. Le titre de l'album est finalement une preuve d'humilité, car ces 24 pistes (dont beaucoup arrivent en numérique pour la première fois) sont dépourvues de remplissage. C'est ce qu'on appelle du "All Killer, No Filler". Si vous voulez comprendre ce qui se passe dans les tripes d'un des meilleurs groupes de garage rock au monde, jetez-vous sur ce disque. C'est un aller simple pour le paradis du rock.

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