Au cours du week-end dernier, Cango, un géant du minage a orchestré une vente de 4 451 bitcoins, générant environ 305 millions de dollars. Selon le communiqué officiel de la société, cette opération, réglée en USDT (le stablecoin de Tether), ne visait pas seulement à sécuriser des liquidités. Elle avait pour double objectif de rembourser partiellement un prêt garanti par ses avoirs en bitcoins et, surtout, de financer une expansion vers les infrastructures dédiées à l'intelligence artificielle.
Cette décision intervient dans un contexte de marché particulièrement tumultueux. Le prix du bitcoin a en effet été divisé par deux depuis son sommet historique d'octobre, où il avait atteint les 125 000 dollars. Malgré cette correction sévère et la vente d'une partie de ses actifs, Cango a tenu à rassurer ses investisseurs en réaffirmant son engagement envers ses opérations de minage. L'idée est de renforcer le bilan de l'entreprise et de réduire son levier financier tout en diversifiant ses activités. Elle n'est d'ailleurs pas un cas isolé. D'autres acteurs importants du secteur, tels que IREN, Core Scientific et Riot Platforms, ont déjà entamé cette transition vers l'IA. Certains mineurs ont même totalement abandonné l'extraction de cryptomonnaies pour se consacrer exclusivement à la chasse aux profits promis par cette technologie.
Il est légitime de se demander si ce pivot est une véritable décision industrielle ou une simple manœuvre boursière destinée à séduire les investisseurs particuliers. Cette vague d'annonces rappelle étrangement la frénésie de la blockchain des années 2017 et 2018. À l'époque, des entreprises aussi éloignées de la technologie que des fabricants de thé glacé promettaient de révolutionner leur modèle grâce à elle, souvent dans le seul but de faire grimper leur cours de bourse. Il est fort probable que certaines boîtes vantant aujourd'hui leurs capacités en IA soient les mêmes qui surfaient sur la vague crypto hier. Pour les mineurs de bitcoins, la transition vers l'IA repose cependant sur une logique industrielle tangible. Bien que les puces utilisées pour le minage (ASIC) soient inutilisables pour l'IA, l'infrastructure physique est quasi identique. L'accès à une électricité bon marché et abondante pour alimenter des machines tournant jour et nuit est le nerf de la guerre pour ces deux industries.
L'aspect financier de cette vente est tout aussi important. La chute récente des cours a directement impacté la rentabilité des mineurs. Si certains ont pu tirer profit des tempêtes hivernales en revendant de l'électricité au réseau lors des pics de demande, d'autres cherchent des solutions innovantes, comme l'intégration de machines de minage dans les systèmes de chauffage domestique. Mais au niveau macroéconomique, voir une entreprise comme Cango se désendetter en vendant ses réserves alors que le marché baisse est un signal fort. Cela contraste avec la stratégie de détention à long terme adoptée par de nombreuses trésoreries d'entreprises ces dernières années.
Cette situation soulève donc des inquiétudes quant à d'éventuels effets en cascade. Si des acteurs majeurs utilisant un fort effet de levier, comme la société "Strategy", venaient à être forcés de vendre, cela pourrait entraîner le prix du bitcoin dans une spirale descendante. Bien que "Strategy" affirme pouvoir supporter une baisse jusqu'à 8 000 dollars, elle a déjà enregistré des pertes latentes colossales de 17 milliards de dollars au dernier trimestre 2025. De même, une autre trésorerie spécialisée sur Ethereum fait face à 7,5 milliards de dollars de pertes latentes moins d'un an après son lancement. Même si certains dirigeants affirment pouvoir traverser la tempête en visant le long terme, l'exemple de Cango rappelle que toutes les stratégies de trésorerie ne se valent pas et que la gestion du risque reste primordiale dans un secteur aussi volatil.

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