Elon Musk, le patron de SpaceX, et Sam Altman, le grand manitou d'OpenAI, sont célèbres pour beaucoup de choses, mais certainement pas pour leur habilité à tomber d'accord. Leur dernière pomme de discorde en date ne concerne ni l'éthique de l'intelligence artificielle ni la fin du monde, mais plutôt l'immobilier. Plus précisément, l'immobilier extra-atmosphérique. La question qui agite la Silicon Valley est la suivante: devrions-nous expédier nos immenses centres de données dans l'espace ? Pour Musk, c'est une priorité absolue. Pour Altman, c'est tout simplement un fantasme de science-fiction, du moins pour le moment.
Lors d'une récente interview en direct accordée aux médias locaux à New Delhi, Sam Altman n'a pas mâché ses mots, provoquant au passage les rires amusés de l'auditoire. Selon lui, l'idée de placer des centres de données dans l'espace avec le paysage technologique actuel est tout bonnement ridicule. Le PDG d'OpenAI concède volontiers que les serveurs orbitaux pourraient avoir du sens un jour, dans un futur lointain. Il pointe malgré tout du doigt des obstacles qui relèvent aujourd'hui du cauchemar logistique. Les coûts de lancement restent astronomiques et la simple idée de devoir envoyer un technicien en apesanteur avec un tournevis pour réparer une puce informatique défectueuse a de quoi refroidir les ardeurs. Pour lui, le verdict est sans appel, l'espace est fantastique pour de nombreuses applications, mais héberger nos données n'aura aucun impact à grande échelle au cours de cette décennie.C'était sans compter sur Elon Musk, qui n'est jamais le dernier pour contredire son ancien associé. Pendant que la plupart des géants de la tech dépensent des milliards pour couler du béton et construire des infrastructures sur notre bonne vieille Terre, le milliardaire a les yeux rivés sur les étoiles. Les centres de données orbitaux sont sa nouvelle ambition, comme il l'a souligné lors d'une réunion générale de xAI en décembre dernier. En février, SpaceX a d'ailleurs jeté un immense pavé dans la mare en annonçant son objectif faramineux de lancer une constellation d'un million de satellites qui fonctionneraient comme des centres de données. L'entreprise a déjà commencé à recruter des ingénieurs pour concrétiser cette vision titanesque, affirmant que l'acquisition de xAI par SpaceX permettrait un déploiement beaucoup plus rapide.
Malgré le scepticisme affiché par Altman, Musk n'est pas le seul à vouloir conquérir ce nouveau Far West numérique. Prenez Google, par exemple. Avec son Projet Suncatcher dévoilé en novembre dernier, la firme compte bien participer à la fête. Sundar Pichai, le PDG de Google, a affirmé sur Fox News Sunday que son entreprise pourrait commencer à placer des centres de données dans l'espace dès 2027, en les alimentant directement grâce à l'énergie solaire.
Mais pourquoi diable vouloir expédier nos données dans le vide spatial ? C'est ici que la comédie laisse place à une réalité très terre à terre et particulièrement préoccupante. Les entreprises technologiques dépendent de ces centres gigantesques pour faire fonctionner leurs intelligences artificielles. Or, ces infrastructures terrestres sont de véritables gouffres écologiques. Elles épuisent les ressources en eau pour leur refroidissement, mettent à rude épreuve les réseaux électriques, augmentent la pollution et dégradent la qualité de vie des riverains. Une enquête de Business Insider a révélé que plus de mille deux cents centres de données avaient été approuvés aux États-Unis d'ici la fin de l'année dernière, soit près de quatre fois plus qu'en 2010. Face à cette prolifération, les nouveaux projets au Texas, en Oklahoma et ailleurs font désormais face à une résistance féroce des communautés locales.
Que l'on soit du côté du pragmatisme narquois de Sam Altman ou des rêves de conquête d'Elon Musk, le problème de fond reste le même. Notre soif de puissance de calcul asphyxie notre planète. Envoyer nos serveurs dans l'espace sera peut-être la solution ultime, ou bien une simple fuite en avant.
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