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Elon Musk et le mirage de l’abondance durable

Elon Musk et le mirage de l’abondance durable

On ne peut pas nier que Elon Musk aime les grands discours. Il se peint désormais comme un prophète de l’abondance durable, un futur où les robots remplaceraient tout le travail humain, où l’argent serait obsolète et où tout serait, en théorie, à portée de main. Ce slogan, recyclé à l’envi sur X, dans les plans de Tesla et lors du dernier forum économique mondial de Davos, fait figure de nouvelle religion techno‑libérale. Culotté, poétique, mais surtout très pratique pour vendre une vision où l’essentiel des profits et du pouvoir restent concentrés dans les mains du milliardaire et de quelques géants.

Le cœur de cette utopie est simple, des milliards de robots, comme Optimus, conjugués à une IA généraliste, produiraient tellement de biens et de services que plus personne n’aurait besoin de travailler.  Musk promet ainsi la fin de la pauvreté, la disparition de la pénurie, voire la satisfaction de tous les besoins humains avant qu’on ait eu le temps de les formuler. Ce tableau relève moins de l’analyse économique que du rêve paradisiaque d'un PDG tout puissant. Un monde où l’humanité est dispensée de travailler, mais où personne n’explique clairement comment on va payer l’État, les retraites, la santé ou les services publics. Si l’on supprime le travail rémunéré, on casse la logique de la demande et de la redistribution. Qui va détenir le capital ? Qui va contrôler les robots, les algorithmes, les centres de données spatiaux ? Dans un scénario qui ne change pas les règles du jeu, on ne va pas vers l’utopie, mais vers une société où la population dépend de quelques plateformes et de quelques milliardaires pour survivre.



Elon Musk ne se contente pas de repeindre le capitalisme avec des couleurs futuristes, il ajoute une couche de science‑fiction coloniale. Entre les robots Optimus, les centres de données orbitaux de SpaceX et la fusion avancée avec xAI, on assiste à un projet global où l’humanité est censée se mettre au service d’un horizon post‑humain contrôlé par une poignée d’entreprises. Le paradoxe est saisissant. Alors que la planète brûle sous le poids de l’inégalité et de la crise climatique, Le patron de Tesla change la mission de cette entreprise de “sustainable energy” à “sustainable abundance”, puis à “amazing abundance”, pour finalement jeter le mot “sustainable” aux orties au nom de la joie. Autrement dit, ce mot “durable” est sacrifié sur l’autel de la croissance infinie et de la performance robotisée. S’il n’y a plus de travail rémunéré, il n’y a plus de base fiscale pour financer l’État‑providence. Qui, alors, distribuera les chèques universels dont Musk parle avec légèreté ? Le milliardaire, perché sur Mars ou sur une plateforme de satellites, décidera‑t‑il seul combien chaque être humain recevra, sous quelle forme et selon quels critères ? À ce stade, on bascule d’un discours techno‑utopique à un projet de gouvernance centrée sur une seule entreprise, voire une seule personne.

Le plus énervant, dans tout cela, c’est le décalage entre la tirade millénariste et la réalité matérielle.  Optimus, présenté comme la clé de l’abondance durable, reste un robot en démonstration, limité dans ses mouvements, encore bien loin d’un véritable travail autonome à grande échelle. Les centres de données spatiaux de SpaceX sont pour l’instant des projets conceptuels, pas des infrastructures opérationnelles.  Pendant ce temps, Tesla peine à vendre ses voitures électriques et cherche surtout à se repositionner comme “générateur de robots et d’IA” pour justifier une nouvelle poussée de croissance et une rémunération record pour son patron, qui pourrait le projeter vers le statut de premier trillionaire de l’histoire.

Au final, le discours de l’abondance durable agit surtout comme un vernis rédempteur sur une stratégie très classique: concentrer le capital, la technologie et la narration dans les mains d’un seul homme, en promettant au reste de l’humanité un monde “gratuit”… mais sans en décrire le fonctionnement économique ni démocratique. Dans cette histoire, les robots et l’IA ne sont pas un horizon émancipateur, mais un instrument de plus pour renforcer une forme de féodalisme numérique, où l’utopie est le masque d’un pouvoir sans partage.

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