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Gifles, sueur et code source - Pourquoi le créateur de Clojure en a marre des caprices

Gifles, sueur et code source - Pourquoi le créateur de Clojure en a marre des caprices

Je viens de lire un texte qui a l'effet d'une douche glacée un matin de gueule de bois et franchement, ça fait un bien fou. L'auteur est Rich Hickey, le créateur du langage Clojure. Il a visiblement décidé que la diplomatie était une perte de temps. Son message, intitulé « l'Open Source ne vous concerne pas », est une masterclass de remise en place qui devrait être imprimée et placardée au-dessus du lit de chaque développeur qui a déjà tapé rageusement sur son clavier parce qu'une issue GitHub n'avait pas été résolue dans l'heure.

Imaginez un peu. Vous êtes un utilisateur d'un logiciel libre. Vous vous sentez membre d'une grande famille, la fameuse « communauté ». Vous pensez que votre opinion compte, que vos besoins sont prioritaires et que le mainteneur du projet est une sorte de fonctionnaire de service public dévoué à votre bonheur personnel. Et là, Rich débarque, renverse la table et vous explique calmement que vous vivez dans un monde imaginaire. Selon lui, nous avons transformé l'open source, qui est techniquement juste un mécanisme de licence, en une sorte de mythologie sectaire où l'utilisateur se croit tout permis, y compris d'exiger du temps et de l'attention de la part de gens qu'il ne paie absolument pas.

J'ai particulièrement ri (jaune) en lisant le passage où il déconstruit le concept de droit. En gros, si vous utilisez un logiciel open source, vous n'avez le droit à rien. Pas le droit de contribuer, pas le droit à de nouvelles fonctionnalités, et surtout, pas le droit de vous plaindre. C'est violent, mais c'est juridiquement imparable. l'intéressé nous rappelle que l'open source est un cadeau, pas un contrat de mariage. C'est comme si quelqu'un vous offrait un canapé gratuit trouvé sur le trottoir et que vous reveniez le lendemain pour engueuler le donateur parce que la couleur ne va pas avec vos rideaux. Il souligne d'ailleurs que les attentes non satisfaites sont notre problème, pas le sien. Si vous voulez quelque chose, faites-le vous-même. C'est le retour du "Do It Yourself" avec une batte de baseball.

Le plus savoureux, c'est quand il aborde la question du temps et de l'argent. On oublie souvent que derrière les lignes de code, il y a des humains qui doivent payer leur loyer. Rich explique sans détour qu'il a vidé son compte épargne-retraite pour créer Clojure. Pas pour devenir riche, mais par passion. Alors quand un inconnu sur Internet vient lui expliquer comment gérer son projet ou l'accuse de ne pas « écouter la communauté », on sent que la veine sur son front est sur le point d'exploser. Il rappelle que moins de 1% des utilisateurs contribuent financièrement à sa subsistance via sa société Cognitect. Autrement dit, pour 99% des gens, il travaille gratuitement. Et il faudrait en plus qu'il dise merci quand on lui envoie des correctifs mal codés, sans tests et sans explications ?

Car oui, il ose le dire, la plupart des contributions de la communauté sont médiocres. C'est un tabou qu'il brise avec une franchise déconcertante. Il nous explique que trier les mauvaises idées et les patchs bancals prend un temps fou, un temps qu'il ne passe pas à gagner sa vie ou à développer des fonctionnalités réelles. Clojure est géré de manière conservatrice, et c'est un choix assumé pour éviter l'obésité logicielle qui frappe tant d'autres projets. Si cela ne vous plaît pas, la porte est grande ouverte. Il ne vous retient pas, mais il vous demande juste de ne pas mettre le feu à la maison en partant avec des déclarations dramatiques sur la mort du sien.

Ce texte est un rappel salutaire que les développeurs open source ne sont pas nos esclaves. C'est un plaidoyer pour la responsabilité individuelle face à une culture de l'indignation et de l'exigence. Rich Hickey nous dit, avec une politesse teintée d'agacement, que si nous avons assez d'énergie pour râler sur ce que nous ne pouvons pas contrôler, nous ferions mieux d'utiliser cette dernière pour créer quelque chose de positif. C'est une leçon d'humilité servie à la louche. Le code est gratuit, mais le temps des humains ne l'est pas. Alors, la prochaine fois que vous serez tenté de poster un commentaire passif-agressif sur un repo, repensez au compte épargne-retraite de Rich. Ou mieux, écrivez du code qui fonctionne.

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