Dans l'immensité glaciale de l'espace, il existe un scénario que les agences spatiales redoutent plus que tout, une perforation. Actuellement, des millions de débris (étages de fusées épuisés, satellites fragmentés et micrométéorites) filent dans le vide à des vitesses avoisinant les 27 000 km/h, se percutant dans un ballet chaotique de pollution exponentielle. Bien que ces morceaux soient souvent minuscules, l'orbite de la station spatiale internationale est loin d'être une zone immaculée.
La réalité est que l'ISS est constamment bombardée. Sa carlingue est couverte d'éraflures et d'impacts mineurs. Mais si un débris plus imposant venait à percer la coque, l'atmosphère de la cabine s'échapperait inexorablement. Selon les estimations de la NASA, un trou de seulement 0,6 centimètre laisse 14 heures à l'équipage pour colmater la brèche. Face à un trou de 20 centimètres, ils auraient moins d'une minute.
Pour anticiper ces frappes, un réseau militaire de surveillance traque les objets entrant dans une "boîte à pizza" virtuelle autour de la station. Dès que le risque de collision dépasse 1 sur 100 000, l'ISS allume ses propulseurs pour esquiver. Ce système ne détecte que les gros fragments. Les boucliers physiques de la station, eux, stoppent les débris d'environ 1 centimètre cube. Entre les deux, c'est l'angle mort. Fin 2025, la NASA a estimé que le risque de dépressurisation causé par un débris sur une période de six mois se situait entre 1 sur 36 et 1 sur 170. À titre d'exemple, en 2025, des astronautes chinois ont été brièvement bloqués sur leur propre station après l'impact d'un débris sur leur capsule de retour.
Si une brèche grave survenait et que l'équipage ne parvenait pas à isoler la fuite, les systèmes critiques tomberaient en panne. Menacés par une hypoxie sévère, les astronautes seraient contraints d'évacuer. L'ISS se retrouverait alors totalement vide, contrôlée à distance. Dès lors, la décision de la désorbiter s'imposerait. Idéalement, un véhicule de remorquage américain spécialement conçu guiderait doucement ce géant vers l'atmosphère, ciblant une destruction sécurisée au-dessus d'une zone déserte de l'océan Pacifique.
Mais dans le pire des scénarios, sans remorqueur prêt à intervenir, une descente lente et non assistée pourrait entraîner une défaillance générale en cascade. Sans électricité ni contrôle de trajectoire, la station dériverait vers la Terre pendant un an ou deux. L'atmosphère agirait comme un incinérateur impitoyable, mais des fragments colossaux survivraient. Un tel plongeon incontrôlé signifierait que des débris de la taille d'une voiture ou d'un train pourraient pleuvoir du ciel sur plusieurs continents, créant un risque mondial très grave.
Mais rassurez-vous, la fin du monde n'est pas pour demain. La Terre est vaste, et personne n'a jamais été tué par la chute d'une station spatiale. En 1979, des fragments de la station américaine Skylab sont tombés dans le désert australien (poussant Jimmy Carter à s'excuser publiquement), et il est vrai qu'en 2024, un petit débris de l'ISS a transpercé le toit d'un habitant de Floride sans faire de blessés. Mais les astronautes eux-mêmes l'avouent, ils redoutent bien davantage une rage de dents en orbite qu'une catastrophe destructrice.
Alors, pourquoi ne pas simplement expédier la station plus haut ? La remonter de 640 kilomètres garantirait sa survie pour un siècle, mais nécessiterait près de 19 tonnes de carburant. Aucun vaisseau spatial actuel ne peut transporter facilement une telle cargaison en une seule fois. C'est sans doute là la plus grande des ironies, l'espace est infiniment vaste et désespérément vide. S'y débarrasser de nos déchets reste l'un de nos plus grands défis.

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