ROMAIN LECLAIRE

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La pénurie de puces frappe l'IA - Même Google ne peut échapper à la crise

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La pénurie de puces frappe l'IA - Même Google ne peut échapper à la crise

L'intelligence artificielle est sur toutes les lèvres, mais derrière les prouesses logicielles et les algorithmes révolutionnaires se cache une réalité matérielle incontournable. Le monde de la tech traverse actuellement une crise féroce avec une pénurie mondiale de puces mémoire. Cette situation n'épargne personne, pas même les géants de la Silicon Valley qui semblent pourtant intouchables. Les entreprises spécialisées du secteur se livrent une bataille sans merci pour obtenir des quantités toujours plus astronomiques de ces composants essentiels. Le résultat est sans appel, avec une industrie lourdement freinée par une offre qui ne parvient tout simplement pas à suivre la demande. Les coûts s'envolent, les lancements de produits prennent du retard, et certaines entreprises commencent même à répercuter cette pression sur les prix de l'électronique grand public.

Sur le front brûlant de l'intelligence artificielle, la situation est particulièrement tendue. Demis Hassabis, le célèbre directeur général de Google DeepMind, a récemment partagé ses vives inquiétudes lors d'une interview accordée à CNBC. Selon lui, l'ensemble de la chaîne d'approvisionnement est sous extrême tension et ces défis physiques freinent considérablement le déploiement des nouvelles technologies. Il souligne que Google fait face à une demande colossale pour ses modèles avancés, à l'image de Gemini, une demande qui dépasse de loin ce que l'entreprise est actuellement en mesure de satisfaire sur le plan matériel.



Plus inquiétant encore pour l'avenir de l'innovation technologique, cette pénurie impacte également la recherche fondamentale. Comme il l'explique, pour tester de nouvelles idées à une échelle suffisante et vérifier leur viabilité, les chercheurs ont un besoin vital d'une puissance de calcul gigantesque. Sans les puces nécessaires, l'expérimentation est inévitablement ralentie.

Cette soif inextinguible de composants est partagée par l'ensemble du secteur. Les ingénieurs, qu'ils travaillent chez Google, Meta, OpenAI ou d'autres grands noms de la tech, réclament tous la même ressource précieuse. Pour illustrer cette dynamique, Mark Zuckerberg faisait récemment remarquer que les meilleurs chercheurs en IA n'ont que deux exigences majeures au-delà de leur rémunération, avoir le moins de personnes possible à superviser et obtenir l'accès au plus grand nombre de puces possible. La chaîne d'approvisionnement entière crée pourtant d'importants goulots d'étranglement dès qu'une contrainte de capacité apparaît quelque part.

Dans ce contexte chaotique, Google possède tout de même un atout stratégique non négligeable. L'entreprise californienne conçoit depuis longtemps ses propres processeurs, connus sous le nom de Tensor Processing Units ou TPUs. Cette indépendance partielle lui permet de concevoir sa propre architecture et même de louer cette puissance de calcul à ses clients via le cloud, ce qui a d'ailleurs le don d'agacer ses concurrents comme Nvidia. Toutefois, Demis Hassabis est formel, posséder ses propres designs ne suffit pas à isoler l'entreprise des turbulences du marché. En fin de compte, la production de ces processeurs sur mesure dépend toujours d'une poignée de fournisseurs clés pour l'assemblage de composants critiques.

Le marché mondial de la mémoire est aujourd'hui dominé par un trio très restreint: Samsung, Micron et SK Hynix. Ces entreprises se retrouvent dans une position particulièrement délicate, devant jongler entre la demande explosive des géants du cloud et les besoins de leurs clients historiques. La situation est d'autant plus compliquée que l'industrie de l'IA exige des composants bien spécifiques. Contrairement aux fabricants de PC classiques, les créateurs de grands modèles de langage recherchent désespérément des puces HBM (mémoire à large bande passante), indispensables pour traiter des montagnes de données.

Face à ces immenses défis matériels, il ne faut surtout pas s'attendre à ce que les investissements diminuent. Lors de l'annonce de ses derniers résultats financiers, Google a anticipé des dépenses en capital immenses, projetant un budget faramineux compris entre 175 et 185 milliards de dollars pour l'année 2026. La guerre pour l'infrastructure ne fait que commencer.

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