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Le caprice lunaire du grand manitou - Elon Musk décide que Mars attendra car la Lune est plus rentable

Le caprice lunaire du grand manitou - Elon Musk décide que Mars attendra car la Lune est plus rentable

Pendant que plus de 120 millions d'Américains ordinaires se gavaient de chips devant le coup d'envoi du Super Bowl ce dimanche, le sauveur de l'humanité autoproclamé avait mieux à faire. Évidemment. Le commun des mortels regarde du football, mais Elon Musk, lui, redessine le destin de notre espèce entre deux bouchées de caviar et un tweet impulsif. C’est donc sur son propre réseau social, X (pour ceux qui auraient réussi à oublier le massacre), qu’il a tapoté un message annonçant un virage stratégique aussi brutal qu’hilarant. Oubliez la colonisation de Mars, la nouvelle mode, c’est une cité "auto-croissante" sur la Lune.

Dans sa grande magnanimité, le milliardaire nous explique que SpaceX a déjà changé d'objectif. Pourquoi ? Parce que construire une ville sur la Lune serait faisable en moins de dix ans, alors que Mars prendrait plus de vingt ans. Quelle patience légendaire. Ce revirement est à la fois une gifle monumentale pour ses disciples et une preuve supplémentaire que la stratégie de l'homme le plus riche du monde ressemble de plus en plus à une partie de girouette météorologique.

Il faut savourer l'ironie de la situation. Il y a vingt-cinq ans, il fondait SpaceX avec une obsession quasi-religieuse: Mars ou rien. Gwynne Shotwell, la présidente de SpaceX, racontait encore récemment que son premier entretien avec Musk en 2002 avait des allures de rencontre messianique. Il ne voulait pas simplement aller sur Mars, il voulait y emmener l'humanité pour la sauver d'elle-même. Cette vision n'a jamais vacillé, au point que la moquette de sa salle de conférence exécutive est d'un rouge rouille, histoire de rappeler la surface martienne à chaque réunion budgétaire. C'est touchant, non ? Tout ce décorum pour finalement dire: "Bof, c'est trop loin, on va s'arrêter au premier arrêt."

Entre-temps, il est passé du statut d'entrepreneur respecté à celui de super-vilain de bande dessinée, mélangeant politique douteuse, soutien à Donald Trump et gestion chaotique. Mais on pensait au moins que sa boussole pointait toujours vers la planète rouge. Que nenni. Jusqu'à ce fameux dimanche soir, Mars était la destination finale de la lumière de la conscience humaine. Aujourd'hui, c'est apparemment une option secondaire.

Alors pourquoi ce changement soudain ? Elon Musk prétend que c'est une question de temps, mais ne soyons pas dupes. Il y a un an à peine, il qualifiait la Lune de "distraction". Ce qui a changé, c'est que Jeff Bezos et Blue Origin commencent enfin à livrer la marchandise. Avec le succès récent de la fusée New Glenn et les rumeurs selon lesquelles le fondateur d'Amazon mise tout sur la Lune, l'ego d'Elon ne pouvait pas supporter l'idée que ce dernier plante son drapeau sur notre satellite avant lui. Ajoutez à cela sa nouvelle obsession pour l'intelligence artificielle et sa fusion entre SpaceX et xAI, et vous obtenez la véritable raison. Il veut construire des centres de données orbitaux et des usines lunaires pour nourrir ses algorithmes, transformant l'exploration spatiale en une extension de la Silicon Valley.

Il nous parle maintenant de devenir une civilisation de type Kardashev, évoquant des concepts soviétiques de consommation d'énergie stellaire et des catapultes électromagnétiques sur la Lune pour envoyer des matériaux dans l'espace. C'est fascinant, on se croirait dans un mauvais roman de science-fiction écrit par un adolescent. Sauf que construire un canon géant sur la Lune, qui surplombe la Terre, soulève quelques questions inquiétantes pour quiconque a lu Révolte sur la Lune de Heinlein. Mais bon, faisons confiance à l'homme qui change d'avis comme de chemise pour ne pas transformer notre satellite en étoile de la mort, n'est-ce pas ?

Au final, ce pivot est un aveu d'échec déguisé en opportunisme. Mars n'était pas prête d'arriver et les fenêtres de tir de 2026 ou 2028 étaient des chimères. En se rabattant sur la Lune, Musk fait un choix pragmatique qui ravira la NASA et son compte en banque, offrant une opportunité commerciale immédiate plutôt qu'un rêve lointain. Pour les fanatiques de la conquête martienne qui ont bu ses paroles pendant vingt ans, la pilule est amère. Leurs rêves sont différés indéfiniment parce que la réalité a rattrapé la fiction. Mars est dure, lointaine et inhospitalière. La Lune, elle, est juste là, prête à être exploitée. Le grand explorateur a rangé sa longue-vue pour sortir sa calculatrice.

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