ROMAIN LECLAIRE

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Le grand bluff audiophile - Une simple banane rivalise avec des câbles haute fidélité

Le grand bluff audiophile - Une simple banane rivalise avec des câbles haute fidélité

 

Dans l'univers feutré et souvent impitoyable de la haute fidélité, il existe un débat qui fait rage depuis des dizaines d'années, divisant les passionnés en deux camps irréconciliables. D'un côté, nous trouvons les audiophiles puristes, persuadés que la qualité des câbles d'interconnexion (ces fils qui transportent le signal analogique non amplifié entre les composants) est déterminante pour une expérience d'écoute transcendante. De l'autre, les sceptiques et les hommes de science affirment que, tant que le câble est correctement construit, les différences sonores sont techniquement inaudibles pour l'oreille humaine. Récemment, cette guerre de tranchées a connu un bouleversement aussi hilarant qu'instructif grâce à une expérience menée sur les forums du site diyAudio, relayée par Tom’s Hardware. Un utilisateur ingénieux nommé Pano a décidé de mettre fin aux spéculations par un test à l'aveugle, opposant des câbles professionnels à... une banane.

L'expérience a été conçue avec une rigueur surprenante pour un test impliquant des fruits. Pano a présenté quatre versions d'un même extrait audio de trente secondes. La première était l'enregistrement original sur CD, servant de référence absolue. Les trois autres étaient des boucles réenregistrées après avoir fait passer le signal à travers différents conducteurs: un câble en cuivre de qualité professionnelle, un montage hybride passant par de la boue humide et enfin, un circuit intégrant une véritable banane fraîche. Le défi lancé à la communauté était simple mais redoutable, écouter attentivement les fichiers et identifier quel échantillon correspondait à quelle configuration. Les résultats furent sans appel et, pour beaucoup, humiliants.

Sur les quarante-trois participants ayant soumis leurs réponses, seuls six ont réussi à identifier correctement l'enregistrement original ou celui passant par le câble professionnel. Pire encore, l'analyse statistique des résultats a démontré que les réponses étaient totalement cohérentes avec le hasard complet. En d'autres termes, lancer une pièce en l'air aurait produit des résultats similaires. Une anecdote savoureuse ressort même de ce fiasco audiophile. Au moins un participant a déclaré préférer systématiquement la musique de la banane, lui trouvant sans doute une chaleur ou une texture particulière qui échappait aux câbles en cuivre traditionnels. Bien que cela puisse sembler être une simple farce destinée à moquer ceux qui dépensent des fortunes en connectique, l'expérience révèle en réalité des principes physiques fascinants.

Stupéfiant de constater que l'on peut obtenir un résultat audio décent en faisant transiter un signal électrique par un fruit ou de la terre mouillée. Ce phénomène s'explique par la chimie élémentaire. Si l'eau pure est un isolant, l'eau chargée d'impuretés et de sels minéraux devient conductrice. Le sol regorge de molécules dissoutes et les bananes sont célèbres pour leur teneur en potassium. Ces éléments permettent au signal de traverser le milieu sans dégradation notable de la qualité sonore. Comme le note Pano, la banane et la boue agissent simplement comme des résistances en série. Elles réduisent le niveau du signal, c'est-à-dire le volume, mais n'altèrent pas la fréquence ou la fidélité de manière perceptible pour l'oreille humaine. La conclusion technique est que le matériau du conducteur importe peu tant que le blindage contre les interférences externes est efficace.

La discussion qui a suivi sur le forum, s'étalant sur plusieurs pages, est une mine d'or d'humour involontaire et de sérieux académique. Les membres ont débattu de la maturité de la banane et de son impact potentiel sur les aigus, ou encore de la distance géographique entre le lieu de culture du fruit et l'origine de la terre utilisée pour la boue. On y trouve des phrases d'anthologie rappelant qu'il existe de nombreux effets physiques affectant le son qui ne sont testés ni par les bananes ni par la boue. Au final, il y a fort à parier que vos oreilles ne feront pas la différence entre un câble hors de prix et le contenu de votre corbeille à fruits. Cela incite à reconsidérer nos priorités budgétaires. Peut-être vaut-il mieux investir dans de meilleures enceintes ou simplement plus de musique, plutôt que dans des câbles aux promesses ésotériques.

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