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Le retour controversé de la reconnaissance faciale chez Meta - Ce que cache le projet Name Tag

Le retour controversé de la reconnaissance faciale chez Meta - Ce que cache le projet Name Tag

Il y a cinq ans, Facebook prenait une décision marquante en désactivant son système de reconnaissance faciale, celui-là même qui suggérait automatiquement d'identifier vos amis sur les photos. À l’époque, l'entreprise invoquait la nécessité de trouver un juste équilibre face à une technologie soulevant d'immenses questions juridiques et éthiques. Aujourd'hui, la vapeur semble s'être inversée. Meta, la maison-mère du réseau social, s'apprête à réintroduire cette technologie controversée, mais cette fois-ci, elle ne se limitera pas à votre écran d'ordinateur. Elle pourrait bientôt s'intégrer directement sur votre visage, via les lunettes connectées développées en partenariat avec Ray-Ban.

Selon des sources ayant souhaité garder l'anonymat, Meta envisage de déployer cette fonctionnalité dès cette année. Baptisée en interne « Name Tag », elle permettrait aux porteurs des lunettes intelligentes d'identifier les personnes qu'ils croisent et d'obtenir des informations à leur sujet grâce à l'assistant d'intelligence artificielle de Meta. Si le projet semble techniquement avancé, il suscite déjà de vifs débats au sein même de l'entreprise de la Silicon Valley, où l'on discute depuis plus d'un an des risques inhérents à la sécurité et à la vie privée.

Ce qui frappe particulièrement dans cette stratégie, c'est le cynisme apparent du calendrier envisagé. Un document interne consulté par le New York Times révèle que Meta considérait le tumulte politique actuel aux États-Unis comme une opportunité idéale pour le lancement. L'idée était simple, profiter d'un environnement politique dynamique où les groupes de défense des droits civiques, habituellement prompts à attaquer Meta, seraient trop occupés par d'autres urgences pour se concentrer sur cette nouvelle intrusion technologique.

Les inquiétudes ne sont pourtant pas infondées. La reconnaissance faciale dans l'espace public a toujours été une ligne rouge pour les défenseurs des libertés, qui craignent une surveillance de masse par les gouvernements, le traçage commercial à l'insu des clients, ou pire, l'utilisation malveillante par des individus pour harceler des inconnus. Cette technologie menace directement l'anonymat pratique sur lequel repose notre vie en société. D'ailleurs, des précédents existent. En 2024, deux étudiants de Harvard avaient déjà démontré la faisabilité effrayante de la chose en utilisant des lunettes Ray-Ban Meta couplées à un logiciel tiers pour identifier des inconnus dans le métro.

Face à ces enjeux, Meta explore des garde-fous. L'entreprise réfléchit à limiter l'identification aux personnes que l'utilisateur connaît déjà via ses connexions sur les plateformes maisons, ou à celles disposant de profils publics. Il ne s'agirait donc pas, pour l'instant, d'un outil universel permettant d'identifier n'importe quel passant. Mark Zuckerberg, le PDG, voit dans cette fonctionnalité un moyen important de différencier ses produits face à la concurrence croissante d'acteurs comme OpenAI, tout en rendant l'assistant IA de ses lunettes véritablement utile au quotidien.

L'entreprise travaille également sur un concept encore plus poussé, appelé « super sensing ». Il s'agirait de lunettes capables d'enregistrer et d'analyser en continu la journée de l'utilisateur pour lui servir de mémoire augmentée. Cela pose inévitablement la question de la discrétion. Zuckerberg s'est même interrogé sur la pertinence de maintenir allumée la petite LED de signalisation qui avertit actuellement les passants qu'ils sont filmés.

Malgré un passif juridique lourd, incluant des milliards de dollars versés pour régler des litiges liés à la vie privée, Meta semble déterminé à avancer. L'entreprise a récemment assoupli ses processus internes d'examen des risques, donnant moins de pouvoir à ses équipes de protection de la vie privée afin d'accélérer le développement de produits. Pour le grand patron, l'objectif est clair, il faut repousser les limites, quitte à flirter avec les frontières des accords passés avec les régulateurs. Reste à savoir si le public est prêt à accepter la fin de son anonymat au nom du progrès technologique.

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