Depuis le lancement de Threads, une plainte récurrente hante la plateforme, la pertinence, ou plutôt le manque de pertinence de son algorithme de recommandation. Ce qui a commencé comme une frustration technique s'est rapidement transformé en un véritable phénomène culturel interne, une sorte de mème où les utilisateurs rédigeaient des publications adressées ironiquement à l'algorithme. Ces messages, commençant souvent par « cher algo », suppliaient la machine de leur montrer des sujets qui les intéressaient réellement plutôt que du contenu générique. Contre toute attente, Meta a décidé d'écouter cette satire collective en transformant ces bouteilles à la mer en une fonctionnalité officielle nous permettant d'ajuster nos recommandations en temps réel.
Désormais, cette méthode de calibration ne relève plus de la superstition numérique mais d'une commande directe alimentée par l'intelligence artificielle. Le fonctionnement est d'une simplicité enfantine et reprend exactement les codes instaurés par la communauté. Pour activer la fonctionnalité, vous devez rédiger un message public commençant par les mots clés « dear algo » (ou son équivalent local lors du déploiement global), suivi de votre requête. Vous pouvez par exemple demander de manière explicite à voir davantage de publications sur les chats mignons ou, à l'inverse, exiger de voir moins de contenus anxiogènes concernant des animaux malades. L'objectif est de permettre un ajustement sémantique précis que les boutons traditionnels ne permettent pas toujours.
La dimension temporaire reste une particularité notable de cette fonctionnalité. Meta a précisé que ces directives ne modifient le flux que pour une durée de trois jours. Cette contrainte temporelle est pensée pour maintenir la fraîcheur de l'algorithme et éviter que le fil d'actualité ne se fige dans une bulle de filtres passés qui ne seraient plus d'actualité. L'idée est de refléter l'humeur du moment ou un intérêt passager, comme suivre intensément un événement sportif en direct ou une série télévisée, sans pour autant altérer l'expérience utilisateur sur le long terme. Si vous souhaitez pérenniser ce changement, il vous faudra interagir naturellement avec les nouveaux contenus proposés pour que l'algorithme intègre cette préférence durablement.
L'aspect social de « dear algo » est également un point de différenciation majeur. Contrairement aux réglages de confidentialité habituels cachés dans les menus, ces requêtes se font via des publications publiques. Cela signifie que n'importe qui peut voir vos demandes, mais surtout, que les autres utilisateurs peuvent republier votre message pour appliquer le même filtre à leur propre fil d'actualité. Bien que cela puisse poser des questions de vie privée pour certains, Meta envisage cette transparence comme un moyen de transformer la personnalisation en une expérience communautaire, favorisant la découverte de nouvelles conversations. Pour ceux qui souhaitent garder le contrôle, un historique des requêtes est disponible dans les paramètres de l'application pour les supprimer ou les modifier à tout moment.
Cette innovation arrive à un moment charnière pour le réseau social de Meta qui cherche à creuser l'écart avec ses concurrents directs, notamment X et Bluesky. Bien que ces plateformes offrent des options pour indiquer qu'un contenu n'est pas intéressant, aucune ne propose une interaction conversationnelle directe avec l'algorithme. Cette stratégie semble payer, d'autant plus que des rapports récents de firmes d'intelligence de marché comme Similarweb indiquent que Threads a dépassé X en termes d'utilisation quotidienne sur mobile, atteignant plus de 141 millions d'utilisateurs actifs quotidiens contre 125 millions pour son rival au début de l'année 2026.
Pour l'heure, le déploiement de cette fonctionnalité se limite aux États-Unis, au Royaume-Uni, à l'Australie et à la Nouvelle-Zélande, après une phase de test concluante. Connor Hayes, responsable de l'application Threads, souligne que l'objectif est de rendre la plateforme plus dynamique et essentielle au quotidien. En donnant aux utilisateurs les rênes de leur consommation de contenu, même temporairement, Meta espère non seulement apaiser les critiques sur son algorithme, mais aussi prouver que l'intelligence artificielle peut être utilisée pour redonner du contrôle humain plutôt que de l'enlever.

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