Romain Leclaire

Tech et Culture Numérique

Album de la semaine - Avec Side-Eye III+, Pat Metheny fait encore tourner les têtes

Album de la semaine - Avec Side-Eye III+, Pat Metheny fait encore tourner les têtes

Dès les premières mesures de "In On It", le doute n'est pas permis, c'est du Pat Metheny, pur jus. Ce son inimitable (la guitare lyrique qui s'envole, la joie communicative, ces saveurs jazz/rock/brésiliennes qui se mêlent avec une naturelle évidence) est là, intact, immédiatement reconnaissable. Pas étonnant que ce titre ait été choisi comme premier single et comme ouverture d'album. C'est le genre de morceau qui vous happe d'emblée et ne vous lâche plus.

Side-Eye III+ est le deuxième volet du projet Side-Eye, conçu par Metheny pour mettre en lumière de jeunes talents du jazz contemporain. Le premier épisode, Side-Eye NYC (V1.IV), était une captation live de 2021 avec James Francies aux claviers et Marcus Gilmore à la batterie. Un trio qui sonnait comme un orchestre entier en grande partie grâce à l'Orchestrion, cette technologie développée par le guitariste qui lui permet de déclencher d'autres instruments via sa guitare, et à l'incroyable Francies, capable de jouer des lignes de basse authentiques tout en jonglant entre piano, Hammond et synthés.

Cette fois, nous sommes en studio. Le trio de base réunit Metheny avec Chris Fishman aux claviers et Joe Dyson à la batterie, augmenté (d'où le signe "plus" dans le titre) par pas moins de quinze musiciens supplémentaires: Daryl Johns à la basse, Brandee Younger à la harpe, Luis Conte aux percussions, et un ensemble vocal mené par Mark Kibble, ténor du légendaire sextette gospel a cappella Take 6.

Les trois premiers morceaux suivent une logique similaire, des mélodies en filigrane, des solos de Metheny alternant entre sa chaleur jazz signature et des textures évoquant une trompette saturée d'effets, des ruptures et des montées en puissance qui font alterner sérénité et euphorie. Les ajouts texturaux sont savoureux,percussions rappelant Nana Vasconcelos sur les premiers albums du Pat Metheny Group, atmosphères électroniques, arpèges de harpe, voix sans paroles.

Pour "Our Old Street" et "So Far So Good", deux titres plus lents et introspectifs, Metheny passe à la guitare acoustique à cordes acier. "Urban and Western" démarre comme un blues nonchalant avec l'Hammond de Fishman, avant de basculer dans une joie gospel pure quand les voix débarquent. Sur "SE-O", Fishman lâche un solo de claviers particulièrement virtuose, soutenu par la basse rebondissante de Johns et la batterie musclée de Dyson. Et sur "Risk and Reward", une flûte surgit, jouée par Metheny via son Orchestrion ou samplée par Fishman ? Difficile à dire. Dans les deux cas, l'effet est bluffant.

Si on devait chipoter, on dirait que certaines ressources semblent sous-exploitées, notamment l'ensemble vocal. "Urban and Western" laisse entrevoir leur potentiel immense, mais on aurait aimé les entendre davantage au premier plan. Imaginez un break a cappella, voix nues, toute la salle retenant son souffle. La harpe, elle aussi, reste trop en retrait. Quelques arpèges par-ci par-là, alors qu'un duo guitare-harpe, même bref, aurait pu être magnifique.

Mais c'est vraiment pour pinailler. Dans l'ensemble, Side-Eye III+ est exactement ce qu'on attend d'un grand Metheny, une musique généreuse, aventureuse, profondément personnelle, qui fait cohabiter précision et spontanéité, sophistication et chaleur humaine. L'album est sorti sur Uniquity Music, son tout nouveau label. Une façon de garder le contrôle total sur une œuvre aussi intimement liée à son identité. Pour ceux qui veulent voir comment tout ça sonne avec simplement le trio, Metheny part en tournée, et ça, ce sera forcément une autre histoire. 

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