Romain Leclaire

Tech et Culture Numérique

Le Pentagone a fait de Claude le roi de l'App Store

IA
Le Pentagone a fait de Claude le roi de l'App Store

Pendant qu'OpenAI consolide ses positions à Washington, Anthropic réalise une percée inattendue auprès du grand public. Un retournement de situation qui démontre à quel point les décisions politiques peuvent façonner le marché de l'intelligence artificielle.

Tout commence par une brouille retentissante. Anthropic, la startup fondée par d'anciens cadres d'OpenAI, s'est retrouvée marginalisée à Washington après un conflit ouvert avec le département de la défense américain concernant les modalités de déploiement de ses modèles d'IA. Le président Donald Trump est allé encore plus loin en ordonnant aux agences fédérales d'abandonner progressivement ses technologies. Un coup dur, en apparence. Mais la politique a ses ironies. Cette mise à l'écart institutionnelle a eu un effet inattendu, transformer Anthropic en symbole d'éthique aux yeux d'une partie de l'opinion publique.

Pendant ce temps, OpenAI avançait ses pions côté gouvernemental. Dans une publication sur X ce vendredi, son PDG Sam Altman annonçait qu'un accord avait été conclu avec le gouvernement pour déployer ses modèles d'IA sur son réseau classifié. Une victoire commerciale indéniable, mais qui n'a pas fait l'unanimité. L'annonce a semé le trouble parmi les utilisateurs fidèles de ChatGPT. Des débats enflammés ont éclaté en ligne sur les implications éthiques d'un tel partenariat militaire. Certains ont évoqué les risques liés à la surveillance de masse ou aux systèmes d'armes autonomes, même si Altman a précisé que l'accord intégrait des principes de sécurité importants, notamment l'obligation de maintenir une supervision humaine sur l'utilisation de la force et l'interdiction de toute surveillance domestique sans contrainte.

Ces garanties n'ont pas suffi à rassurer tout le monde. Sur le subreddit ChatGPT, des dizaines d'utilisateurs ont annoncé la suppression de leurs comptes en appelant d'autres à faire de même. Le hashtag « Cancel ChatGPT » a rapidement circulé sur les réseaux sociaux. Le résultat ? Une migration massive vers Claude, le chatbot d'Anthropic. Les nouveaux convertis n'ont pas manqué de le faire savoir. Des captures d'écran documentant le passage d'une plateforme à l'autre ont inondé les réseaux. La chanteuse pop Katy Perry a même publié sur X qu'elle en avait fini avec ChatGPT, accompagnant son message d'une photo de la page tarifaire de Claude, avec un cœur rouge entourant l'abonnement Pro à 20 dollars par mois. Résultat concret, hier, le chatbot s'était hissé à la première place des applications de productivité les plus téléchargées sur l'App Store d'Apple, détrônant ChatGPT.

Il serait cependant simpliste de voir dans cette situation un simple affrontement entre le bien et le mal. Des voix se sont élevées pour rappeler qu'Anthropic n'est pas non plus étranger aux contrats avec les milieux de la défense et du renseignement. En novembre 2024, la startup avait signé un accord avec Palantir et Amazon Web Services pour fournir ses modèles aux agences américaines de défense et de renseignement.

La nuance peine pourtant à s'imposer dans un débat public souvent manichéen. Comme l'a ironisé un utilisateur sur X, le secrétaire à la défense américain Pete Hegseth, en cherchant à écarter Anthropic, serait finalement devenu son meilleur agent marketing. Quoi qu'il en soit, dans la guerre des chatbots, les batailles ne se gagnent plus seulement dans les salles de réunion de Washington, mais aussi dans l'opinion publique. 

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