Alors que le grand drame hollywoodien autour de la vente de Warner Bros continue de faire couler beaucoup d'encre, c'est désormais Paramount qui s'impose comme l'héritier le plus probable du studio historique. Et pendant ce temps, le PDG de Paramount, David Ellison, agit comme si de rien n'était, affichant une confiance inébranlable dans le fait que sa dernière acquisition faramineuse se déroulera sans le moindre accroc.
Son assurance nous donne déjà un avant-goût très clair de ce qu'il a l'intention d'accomplir si son entreprise parvient effectivement à engloutir la Warner. Au programme, une méga-fusion des plateformes de streaming qui ramènera le concept de la bonne vieille télévision américaine par câble avec une force totalement inédite.
Lors d'une récente conférence téléphonique avec les investisseurs, il a évoqué sans détour ce projet d'acquisition évalué à 110 milliards de dollars par l'entité Skydance-Paramount. Son ambition est limpide. Il prévoit de fusionner purement et simplement Paramount Plus et HBO Max. Selon lui, cette manœuvre permettrait à la nouvelle entité de revendiquer immédiatement un peu plus de 200 millions d'abonnés directs à travers le monde. Il estime que cette consolidation est la clé absolue pour rivaliser avec les leaders incontestés du secteur numérique. D'ailleurs, d'ici le milieu de cette année, Paramount aura déjà achevé l'unification de ses trois services actuels sous une seule infrastructure, préparant parfaitement le terrain pour cette intégration encore plus massive.
Mais malgré cette soif évidente d'assimilation totale, le PDG a tenu à rassurer les foules, et tout particulièrement les puristes de la télévision de qualité. Il a affirmé que HBO conserverait, dans une certaine mesure, un véritable niveau d'indépendance si cet accord historique venait à être validé par les régulateurs. Pour reprendre ses propres mots, la marque a été construite de manière phénoménale, elle est un leader créatif dans son domaine, et la direction souhaite qu'elle continue sur cette brillante lancée. En résumé, HBO doit rester HBO. Ellison a même pris le temps de souligner le travail absolument remarquable de Casey Bloys, l'actuel directeur des programmes du réseau. Pour la petite touche personnelle, il a confié que "Game of Thrones" restait sa série préférée, une déclaration légèrement anachronique alors que le public est désormais pleinement plongé dans l'ère de "A knight of the seven kingdom".
Bien que le discours officiel parle de « réinventer l'industrie » et de bâtir une entreprise de divertissement de la prochaine génération, la manœuvre ressemble à s'y méprendre à une gigantesque consolidation monopolistique. Les commentaires de David Ellison interviennent juste après une guerre d'enchères totalement folle pour le contrôle de Warner Bros. Discovery. La semaine dernière, cette bataille financière a pris une tournure dramatique lorsque le géant Netflix a décidé de se retirer purement et simplement des négociations. Netflix et Warner avaient d'abord trouvé un accord à 83 milliards de dollars. C'était sans compter sur la redoutable pugnacité de Paramount Skydance, qui a répliqué avec une offre d'achat hostile de 108 milliards, avant de l'améliorer pour atteindre 31 dollars par action. Cette offre finale valorise l'ensemble de l'entreprise, y compris ses chaînes d'information en continu comme CNN, à 110 milliards de dollars.
Enfin, pour prouver que cette fusion ne se concentrera pas uniquement sur la domination du marché numérique, de grandes promesses ont été formulées pour les salles de cinéma. Lors de ce même appel, le dirigeant a affirmé que la nouvelle entité s'engagera à sortir au moins 30 films au cinéma par an. Pour appuyer cette immense ambition, il a rappelé que Paramount prévoyait déjà, à elle seule, de sortir 15 longs-métrages en 2026. L'industrie du divertissement s'apprête donc à vivre un séisme et cette nouvelle superpuissance semble prête à frapper sur tous les fronts.

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