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Les bots autonomes sont en train de conquérir le web

Les bots autonomes sont en train de conquérir le web

L'assistant virtuel viral OpenClaw, que l'on connaissait auparavant sous le nom de Moltbot ou encore Clawdbot, est bien plus qu'un simple outil technologique à la mode. Il incarne le symbole d'une révolution bien plus vaste, actuellement en cours, qui pourrait modifier fondamentalement le fonctionnement même d'Internet. Nous passons progressivement d'un espace numérique principalement habité par des humains à un écosystème qui pourrait très bientôt être dominé par des bots autonomes pilotés par l'intelligence artificielle.

Un nouveau rapport mesurant leur activité sur le web, appuyé par des données partagées par l'entreprise d'infrastructure Internet Akamai, révèle que ces agents artificiels représentent déjà une part importante du trafic mondial. Ces conclusions mettent en avant une course aux armements de plus en plus sophistiquée, où les bots déploient des tactiques ingénieuses pour contourner les défenses que les sites web érigent pour les tenir à l'écart. La majorité du trafic futur sera générée par des machines. Il ne s'agit pas seulement d'un problème de droits d'auteur, mais de l'émergence d'un tout nouveau type de visiteur sur le réseau.

La plupart des grands sites web tentent de limiter le contenu que les bots peuvent aspirer pour entraîner leurs systèmes d'IA. C'est d'ailleurs le cœur du conflit juridique actuel, où de grands éditeurs poursuivent plusieurs entreprises du secteur pour violation présumée du droit d'auteur. Une autre forme de collecte de données est malgré tout en plein essor. De nombreux chatbots et outils d'IA sont désormais capables de récupérer des informations en temps réel pour améliorer leurs réponses, qu'il s'agisse de prix de produits actualisés, d'horaires de cinéma ou de résumés des dernières actualités.

Selon les données d'Akamai, le trafic lié à l'entraînement des IA augmente régulièrement depuis juillet dernier, tout comme l'activité mondiale des bots récupérant du contenu pour des agents IA. Cette dynamique change le web tel que nous le connaissons. La bataille qui s'engage déterminera son apparence future, sa convivialité et ses fonctionnalités, ainsi que les bases mêmes du commerce en ligne.

Les chiffres sont éloquents, au quatrième trimestre de 2025, TollBit estime qu'en moyenne, une visite sur 50 sur les sites de ses clients provenait d'un bot de scraping IA, contre seulement une sur 200 au premier trimestre de la même année. Plus inquiétant encore pour les administrateurs de sites, plus de 13% des requêtes de bots contournaient le fichier robots.txt, ce protocole standard utilisé pour indiquer à ces derniers les pages à éviter. La part d'entre eux ignorant cette règle a bondi de 400% entre le deuxième et le quatrième trimestre de l'année dernière.

Face à cette intrusion, les sites web ripostent. TollBit a signalé une augmentation de 336% du nombre de sites tentant de bloquer les bots IA au cours de l'année écoulée. Toutefois, les techniques de scraping deviennent de plus en plus sophistiquées. Certains d'entre eux se déguisent en faisant apparaître leur trafic comme provenant d'un navigateur web standard ou en envoyant des requêtes conçues pour imiter les interactions humaines, rendant leur détection extrêmement difficile.

Cette nouvelle réalité ouvre la voie à des solutions de monétisation. Des entreprises comme TollBit et Cloudflare proposent des outils permettant aux propriétaires de sites de facturer les scrapers pour l'accès à leur contenu, facilitant ainsi un échange de valeur programmatique de machine à machine. Néanmoins, les entreprises de scraping, telles que Bright Data, ScrapingBee ou Oxylabs, défendent leur légitimité. Elles affirment que le web public est conçu pour être accessible et que les contre-mesures actuelles sont souvent trop brutales, bloquant indistinctement le trafic malveillant et les accès légitimes nécessaires à la cybersécurité ou au journalisme d'investigation.

Au-delà des maux de tête causés aux éditeurs, cette guerre du scraping crée de nouvelles opportunités commerciales. Avec plus de 40 entreprises commercialisant désormais des bots de collecte, on assiste à l'émergence de l'optimisation pour les moteurs génératifs, ou GEO (Generative Engine Optimization). Nous assistons donc à la montée d'un nouveau canal marketing complet où la recherche, la publicité, les médias et le commerce convergeront dès 2026. L'Internet des humains laisse place à l'Internet des agents, et les entreprises devront s'adapter rapidement pour rester visibles dans ce nouvel environnement numérique.

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