Rien n'arrête l'ego d'un président qui refuse de perdre. Hier, la cour suprême des États-Unis a infligé un camouflet historique à Donald Trump en annulant la majeure partie de ses droits de douane massifs imposés l'an dernier. La réponse du locataire de la Maison-Blanche ? Une conférence de presse aux allures de règlement de comptes, des insultes indignes de sa fonction et la signature revancharde d'un nouveau décret instaurant une surtaxe de 10% sur la quasi-totalité des importations.
La cour a statué que l'utilisation par Trump de l'IEEPA (International Emergency Economic Powers Act) pour taxer arbitrairement le monde entier était tout simplement illégale. En clair, les pouvoirs d'urgence ne sont pas un chèque en blanc pour racketter la planète. Loin de faire son mea culpa, le président américain a préféré salir l'institution. Il a qualifié les juges ayant voté contre lui de honte pour la nation. Plus consternant encore, lorsqu'un journaliste l'a interrogé sur les votes de Neil Gorsuch et Amy Coney Barrett (deux magistrats ultra-conservateurs qu'il a lui-même nommés), Trump a mordu la main qu'il pensait avoir nourrie:
« Ils sont une source d'embarras pour leurs familles. »
Une rhétorique pathétique, illustrant l'incapacité viscérale de l'administration à accepter que la justice s'applique aussi à l'exécutif. Puisque son arme favorite a été désamorcée, Trump en a exhumé une autre. Dès vendredi soir, il s'est appuyé sur l'article 122 de la loi sur le commerce de 1974 pour annoncer sa nouvelle taxe mondiale de 10%, applicable dès le 24 février. Cette législation, conçue au départ pour répondre à des déficits graves et soudains de la balance des paiements, n'avait jamais été détournée de la sorte. Surtout, elle est plafonnée à 15% et strictement limitée à une durée de 150 jours. Ce n'est qu'un vulgaire sparadrap. L'administration américaine compte utiliser ce délai restreint pour monter de nouvelles justifications juridiques (via les articles 301 et 232) sous couvert de sécurité nationale ou de pratiques déloyales.
"Effective immediately, all National Security TARIFFS, Section 232 and existing Section 301 TARIFFS, remain in place, and in full force and effect. Today I will sign an Order to impose a 10% GLOBAL TARIFF, under Section 122, over and above our normal TARIFFS already being… pic.twitter.com/B3bv5f5KW1
— The White House (@WhiteHouse) February 20, 2026
Bien qu'il y ait quelques exemptions (minéraux critiques, bœuf, fruits, véhicules, produits pharmaceutiques et importations d'Amérique du Nord), la fameuse exonération de minimis pour les colis de moins de 800 dollars reste quant à elle suspendue, garantissant l'engorgement perpétuel des douanes et la flambée des prix pour les amateurs de commerce en ligne. La conférence de presse censée justifier cette stratégie s'est vite transformée en un naufrage rhétorique. Oubliant le commerce international, Donald Trump a dérivé sur une myriade de sujets hors de propos:
- L'Europe qui serait, selon lui, « trop woke ».
- Sa haine viscérale pour Jerome Powell, le patron de la réserve fédérale.
- Ses propres capacités intellectuelles. Voulant prouver qu'il comprenait les textes de loi, il s'est vanté avec le vocabulaire d'un écolier: « Je lis les paragraphes. Je lis très bien. Grande compréhension. »
Il a également asséné des contrevérités lunaires, affirmant que ses tarifs avaient permis de stopper des guerres nucléaires imminentes et de sauver 35 millions de vies. Un palmarès totalement fantasmé pour tenter de justifier l'injustifiable. Pendant que l'homme s'égosille, les spéculateurs sablent le champagne. L'annulation des taxes soulève l'immense problème de leur remboursement. Des fonds vautours ont discrètement racheté à prix cassé les droits de réclamation de petites entreprises américaines asphyxiées par ces tarifs illégaux. Si les tribunaux ordonnent à l'État de rembourser ces sommes colossales (la procédure pourrait durer des années), ces requins de la finance multiplieront leur mise de départ par huit, s'enrichissant sans effort sur le dos du contribuable.
Au bout du compte, le seul véritable dindon de la farce reste le consommateur, piégé entre l'ego d'un président en roue libre et l'incertitude économique écrasante de cette nouvelle période.

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